À mesure que le financement mondial de la santé devient plus contraint, les institutions de santé mondiale et les pays sont soumis à une pression croissante pour renforcer les ressources nationales consacrées à la santé et intégrer les programmes financés dans les systèmes nationaux afin de garantir la durabilité de leurs systèmes de santé. Dans ce contexte en évolution, la gestion des finances publiques (GFP) et le cofinancement deviennent des éléments centraux de la manière dont le Fonds mondial et les pays planifient, financent et pérennisent les services de santé essentiels. Le débat ne porte plus uniquement sur la mobilisation de ressources supplémentaires, mais aussi sur la manière dont ces ressources sont gérées efficacement, alignées sur les priorités nationales et investies pour produire des résultats sanitaires durables.
À travers l’Afrique et d’autres régions, les gouvernements et les partenaires au développement reconnaissent de plus en plus que la durabilité ne consiste pas seulement à mobiliser davantage de ressources pour la santé, mais aussi à garantir une gestion efficace de celles-ci, alignée sur les priorités nationales et génératrice de résultats durables. Ces réflexions sont essentielles alors que les pays cherchent à renforcer la résilience de leurs systèmes de santé dans un contexte de ressources extérieures limitées.
Passer des systèmes parallèles aux systèmes nationaux
Pendant de nombreuses années, les programmes de santé mondiale ont souvent fonctionné à travers des systèmes financiers et de reporting parallèles mis en place par les bailleurs externes. Bien que ces systèmes aient permis d’accélérer la mise en œuvre, ils ont également entraîné fragmentation, duplication et dépendance à long terme.
Aujourd’hui, avec la réduction des financements des donateurs, on observe une évolution croissante vers un recours accru aux systèmes nationaux. Dans le cadre de la Stratégie 2023–2028 du Fonds mondial, les pays et les partenaires travaillent à une meilleure intégration des financements externes dans les systèmes nationaux. Dans ce contexte, la GFP n’est plus considérée comme une simple question technique réservée aux comptables et aux auditeurs. Elle est désormais perçue comme un outil stratégique permettant d’améliorer l’efficacité et le rapport coût-efficacité, de renforcer la redevabilité et la transparence, et de soutenir la durabilité à long terme ainsi que la transition hors du financement des donateurs.
Des signes encourageants de progrès sont déjà visibles : 44 % des pays inscrivent les subventions du Fonds mondial dans leurs budgets nationaux, 28 % utilisent les systèmes de trésorerie gouvernementaux pour la mise en œuvre des subventions, et 41 % s’appuient sur les institutions supérieures de contrôle des finances publiques (ISC) pour les audits des subventions en Afrique.
Ces évolutions reflètent une utilisation croissante et une confiance accrue dans les systèmes nationaux, même si des lacunes et des défis importants subsistent.
Investir dans des systèmes nationaux plus solides
L’une des tendances les plus prometteuses de ces dernières années est l’utilisation d’investissements catalytiques ciblés pour renforcer les systèmes de gestion financière.
En seulement trois ans, les performances liées aux audits réalisés par les institutions supérieures de contrôle ont doublé. Cela démontre que des investissements ciblés, combinés à un leadership national fort, peuvent produire des améliorations rapides et mesurables.
Plusieurs facteurs ont contribué à ces progrès, notamment :
des partenariats solides avec les institutions régionales d’audit ;
le leadership des auditeurs généraux des pays ;
un dialogue régulier entre les ministères, les bailleurs et les organes de contrôle ;
un suivi continu et des mécanismes d’apprentissage pour améliorer les performances dans le temps.
Ces expériences montrent que les systèmes résilients ne se construisent pas du jour au lendemain, mais qu’ils peuvent être considérablement renforcés lorsque les investissements sont alignés sur les institutions et les priorités nationales.
Le cofinancement : des engagements à l’impact réel
Le cofinancement est depuis longtemps un élément central du modèle du Fonds mondial, fondé sur le principe d’additionnalité : le Fonds mondial vise à compléter les ressources des pays et non à s’y substituer.
Alors que le Fonds mondial encourage les pays à investir davantage dans la santé, il s’intéresse également à l’efficacité de l’utilisation de ces ressources. De plus en plus, le cofinancement est intégré dès la phase de planification des subventions, lié aux interventions prioritaires et au renforcement des systèmes de santé, et utilisé pour encourager les réformes et améliorer la redevabilité.
Cela reflète une compréhension plus large selon laquelle le cofinancement n’est pas simplement une condition de financement, mais un élément clé d’un effort global visant à construire des systèmes de financement de la santé durables, capables de perdurer au-delà du soutien extérieur. Par ailleurs, le Fonds mondial reconnaît que, dans la plupart des pays, la part des dépenses de santé qu’il couvre reste faible par rapport au budget de l’État.
La durabilité nécessite plus qu’un financement
La GFP, le cofinancement et la mobilisation des ressources nationales ne fonctionnent pas de manière isolée. Ils s’inscrivent dans un écosystème plus large de réformes et d’investissements visant à renforcer des systèmes de santé durables.
Cela comprend :
la mobilisation des ressources nationales et le plaidoyer en faveur du financement de la santé ;
une meilleure gestion des risques financiers dans les programmes de santé ;
l’assistance technique et les conseils stratégiques en matière de politiques ;
des approches de financement innovantes, y compris le financement mixte ;
des systèmes renforcés de données et d’information sur le financement de la santé ;
la planification de la transition pour les pays réduisant leur dépendance aux bailleurs ;
un meilleur alignement entre les financements externes et les priorités nationales.
Ensemble, ces efforts contribuent à un objectif commun : améliorer l’efficacité des ressources, renforcer les systèmes nationaux et réduire progressivement la dépendance à l’aide extérieure.
Des défis persistants
Malgré des progrès importants, de nombreux pays continuent de faire face à des obstacles structurels majeurs, notamment :
la fragmentation entre systèmes des bailleurs et systèmes gouvernementaux ;
des capacités techniques et institutionnelles limitées en matière de GFP ;
une coordination insuffisante entre les ministères de la Santé et des Finances ;
une dépendance persistante aux financements extérieurs pour les services essentiels ;
des lacunes en matière de contrôle, d’audit et de transparence financière.
Relever ces défis nécessitera un engagement politique durable, des institutions plus solides et une collaboration renforcée entre les secteurs.
Transformer le dialogue en action
Les récentes discussions entre les circonscriptions africaines et les partenaires ont mis en évidence plusieurs priorités, notamment :
le renforcement de l’engagement avec les ministères des Finances ;
l’élargissement du rôle et des capacités des institutions supérieures de contrôle ;
la réduction de la dépendance aux systèmes parallèles, y compris aux agents fiduciaires ;
l’amélioration de la transparence et du suivi des engagements de cofinancement ;
la promotion de l’apprentissage entre pairs et du partage d’expériences entre pays.
Des organisations telles que le Bureau des circonscriptions africaines (ACB) ont également un rôle important à jouer à travers le partage de connaissances, le renforcement des capacités et la facilitation de dialogues stratégiques.
Conclusion
La transition vers un financement durable de la santé n’est plus une aspiration future : elle est déjà en cours.
La gestion des finances publiques, le cofinancement et la mobilisation des ressources nationales ne sont plus des sujets techniques réservés aux spécialistes. Ils sont désormais au cœur de la manière dont les pays planifient, financent et pérennisent leurs systèmes de santé.
Les progrès réalisés montrent qu’un changement significatif est possible. La prochaine étape dépendra de la capacité des pays et des partenaires à étendre les approches efficaces, renforcer les systèmes fragiles et travailler ensemble autour d’une vision commune d’un financement de la santé durable, porté par les pays.