Alors que le financement international de la santé atteint un plateau et que les crises mondiales concurrentes mettent à rude épreuve les budgets des donateurs, les pays d’Afrique centrale prennent des mesures audacieuses pour reprendre le contrôle de leurs systèmes de santé. Lors d’une réunion à Bangui, les experts et dirigeants de six pays ont marqué un tournant décisif : l’avenir de la santé publique dans la région doit être dirigé au niveau national, gouverné de manière transparente et financièrement durable.
Pendant des années, de nombreux programmes de santé nationaux dans la région ont dépendu d’agences externes pour gérer de grandes subventions de donateurs, une disposition destinée à protéger les fonds dans des contextes fragiles, mais qui a également affaibli involontairement les systèmes nationaux. Le message de Bangui était clair : ces arrangements doivent évoluer.
Un tournant pour le leadership national
Dans toute la région, des réformes prometteuses commencent à se dessiner :
Tchad : restructuration de l’unité nationale de gestion des projets de santé en un organisme national capable de gérer de gros investissements.
République centrafricaine : mise en place de nouveaux mécanismes de gouvernance pour renforcer le contrôle et restaurer la confiance du public.
Gabon : augmentation des ressources nationales investies dans la santé, dépassant ce qu’il reçoit des partenaires, un marqueur important de souveraineté.
Côte d’Ivoire et Togo : transition déjà effectuée vers des systèmes gérés nationalement, démontrant que les institutions nationales peuvent atteindre des standards élevés lorsqu’elles en ont l’opportunité et le soutien.
Ces exemples représentent plus que de simples réformes administratives ; ils signalent un consensus régional croissant : les gouvernements africains doivent être au centre de leurs réponses en matière de santé.
Le financement comme fondement
Un thème récurrent des discussions a été le besoin urgent d’augmenter les investissements nationaux dans la santé. De nombreux pays dépendent encore fortement des financements externes pour les services essentiels tels que le VIH, la tuberculose, le paludisme et les soins de santé primaires.
Mais avec la pression sur les ressources des donateurs, les pays réalisent que compter uniquement sur le soutien externe n’est plus viable. Les dirigeants ont souligné trois priorités :
Augmenter les budgets nationaux de santé pour combler les lacunes critiques.
Simplifier les procédures douanières et fiscales qui retardent actuellement l’arrivée des médicaments et équipements essentiels.
Améliorer la coordination entre les ministères, en particulier ceux de la santé, des finances et des douanes, pour éviter les goulets d’étranglement coûteux en temps et en vies.
Les améliorations rapides du Tchad en matière de dédouanement, réduisant les délais de plusieurs mois à quelques semaines, ont été mises en avant comme une bonne pratique régionale.
Renforcer la responsabilité et la confiance
Au-delà du financement, les pays ont insisté sur l’importance d’une gouvernance plus solide, d’une responsabilité claire et d’une meilleure utilisation des systèmes nationaux. De nombreux dirigeants ont noté que les communautés perdent confiance lorsque les programmes de santé sont gérés par des acteurs externes plutôt que par des institutions nationales.
Les organisations de la société civile, partie intégrante de la réponse dans tous les pays, ont appelé à un engagement plus significatif et à un financement plus prévisible pour garantir que les communautés restent au cœur des actions de santé publique.
Un mouvement régional prend forme
La réunion de Bangui a marqué une étape importante vers une approche régionale partagée. Les participants ont convenu que l’apprentissage entre pairs, où les pays partagent ouvertement ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, est essentiel pour accélérer les progrès.
Le Bureau de la Constituence Africaine, qui a organisé la réunion, a été encouragé à renforcer cette plateforme régionale, affirmant que les solutions dirigées par l’Afrique doivent guider la prochaine décennie de la collaboration mondiale en santé.
La voie à suivre
Dans l’ensemble, les discussions à Bangui reflètent une tendance plus large sur le continent : une détermination croissante à construire des systèmes de santé résilients et souverains, capables de maintenir les progrès même en période d’incertitude.
Les dirigeants de la région ont été unanimes sur un message :
La souveraineté en matière de santé ne concerne pas seulement le financement : elle repose sur le leadership, la confiance, la responsabilité et la capacité des nations à façonner leur propre avenir.
Alors que les discussions mondiales sur la santé mettent de plus en plus l’accent sur l’équité et la durabilité, le virage de l’Afrique centrale vers des systèmes dirigés nationalement rappelle une chose importante : des progrès durables en santé ne s’obtiennent que lorsque les pays sont aux commandes.